Solaris – Stanislas Lem

Solaris - Stanislas Lem
Tix
★★★★☆
Auteur: Stanislas Lem
Edition: Folio SF – 2002 – 320 pages

★★★★☆ Tix
La planète Solaris est en orbite autour de deux soleils, un soleil rouge et un soleil bleu. Sa surface est recouverte d’un océan mystérieux.
« La découverte de Solaris remontait à environ cent ans avant ma naissance. »
Des générations de scientifiques ont formulé toutes sortes d’hypothèses, jusqu’à ce que l’intérêt pour Solaris décroisse. Cet océan est pourtant intriguant : unique forme de vie de Solaris, il semble doué de conscience, capable même de réguler la trajectoire de la planète, ou de créer à sa surface de multiples et innombrables architectures. Le professeur Kelvin rejoint alors la station d’observation dans sa mission : établir un contact.
« Il est établi, le contact ! Et nous pouvons contempler au microscope notre monstrueuse laideur, notre folie, notre honte ! »
Stanislas Lem propose une mythologie très riche à travers la documentation du professeur Kelvin. Détour par la bibliothèque ou discussion avec les autres scientifiques à bord, nouvelle découverte ou simple remémoration de ses connaissances ; tout est bon à prendre pour le lecteur fasciné. L’auteur ne lésine pas sur les explications scientifiques, mais le fait avec un naturel qui nous plonge dans son univers, prenant un malin plaisir à commenter et critiquer des ouvrages pourtant inexistants, à la manière de Jorge Luis Borges.

Solaris - Stanislas Lem

Si le professeur Kelvin a tant besoin de se documenter, c’est du fait d’éléments inexplicables à bord de la station. L’un des scientifiques s’est suicidé, un deuxième se cloître dans son laboratoire, et le dernier ne semble pas dans un meilleur état. Pire encore, Kelvin a l’impresson que ses compagnons lui cachent leurs récentes découvertes.

Un matin, Kelvin se réveille au côté de son ex-femme, décédée des années plus tôt. Plus vraie que nature. Stanislas Lem achève de poser les bases d’une analyse psychologique parfaitement perverse. L’aventure interstellaire se transforme en drame humain, où Kelvin va passer par toutes les phases du rejet à l’acceptation. Comment résister au retour d’un être aimé ?

Le mélodrame est aussi élémentaire que l’édification de ce monde inconnu est complexe. L’auteur alterne les deux avec brio, rythmés par l’étrange atmosphère que provoquent ces soleils rouge et bleu. Comble (et preuve) du caractère essayiste du roman, la conclusion n’apportera que très peu de réponses à une symétriade de questions qu’un simple synopsis ne serait même pas capable d’effleurer.

« Tous les enfants de la Terre connaissent le nom des premiers hommes qui se sont aventurés dans les abîmes d’une symétriade. Le danger de ces formations géantes ne réside pas dans leur aspect. Le danger tient plutôt au fait qu’à l’intérieur d’une symétriade on ne trouve rien qui soit stable ou assuré d’aucune façon — même les lois physiques sont abolies. »

Auteur de l’article : Pensées Critiques

1 commentaire sur “Solaris – Stanislas Lem

    Sandra Ganneval

    (22 juin 2018 - 11 h 31 min)

    ATTENTION SPOILER ! Je n’ai pas aimé la fin de ce livre, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être l’idée que le personnage reste sur la planète Solaris à attendre le retour de sa belle ou plutôt du duplicata de sa belle indéfiniment. Il y a de longs passages très scientifiques durant lesquels j’ai dû m’accrocher. Je me souviens avoir vu le film et n’avoir pas compris pourquoi l’océan était absent de cette adaptation alors qu’il est le personnage principal de l’histoire, finalement. Un être vivant mystérieux, démesuré, que les humains sont incapables de comprendre. Et lui, les comprend-t-il ? En tout cas, il pénètre leur inconscient et en extraie certaines images fortes qu’il transforme en réalité. Ainsi il redonne vie à la compagne décédée par suicide du héros, enfin, il en créé une copie presque conforme, une sorte d’androïde qui vit et s’interroge. C’est, pour moi l’aspect le plus intéressant et le plus intriguant de cette histoire.
    Pas de scènes explicites, on se demande si le héros couche ou non avec la créature créée par l’océan plasmatique… Un roman écrit aujourd’hui serait sans doute plus explicite, moins retenu. Pas mal d’éléments ne sont pas précisés, finalement. On ne saura jamais quelles créatures visitaient les compagnons de Kelvin et les rendaient fous.
    Une large part est laissée à l’imagination grâce aux non dits. On n’est pas loin de l’horreur, finalement quand, par exemple, on essaie d’imaginer ce qui est arrivé à la première créature dont Kelvin a cherché à se débarrasser en l’envoyant dans l’espace et c’est beurk.
    Une lecture exigeante que j’ai appréciée.

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